Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière, 1987

    Sauf c'est vrai, que le monde n'a d'images
    Que semblables aux fleurs qui trouent la neige
    En mars, puis se répandent, toutes parées,
    Dans notre rêverie d'un jour de fête,
    Et qu'on se penche là, pour emporter
    Des brassées de leur joie dans notre vie,
    Bientô,t les voici mortes, non tant dans l'ombre
    De leur couleur fanée que dans nos coeurs.
    Ardue est la beauté, presque une énigme,
    Et toujours à recommencer l'apprentissage
    De son vrai sens au flanc du pré en fleurs
    Que couvrent par endroits des plaques de neige.